Pourquoi faut-il réinventer la notion de travail ?

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Ça signifie quoi en fait « travailler »?

Pendant longtemps, la signification du travail était nette, elle ne l’est plus tellement. Il faut donc se reposer la question afin d’esquisser comment cette notion s’est brouillée, et par quelles voies il serait possible de la réinventer.

Dans l’Antiquité, le travail était une affaire d’esclaves, parce qu’avilissant par nature. Pour Aristote, le travail était dégradant, car il pesait sur notre existence comme un fardeau. Dans une société dépourvue de moteurs et de machines, la force musculaire, animale ou humaine, était le seul moyen de transformer les matériaux naturels. Bien qu’ insupprimable, car nécessaire à la subsistance, ce labeur était jugé ignoble, parce qu’un homme libre et digne ne devait se consacrer qu’au loisir de vivre – penser, exercer son corps – sans se soucier de « produire » sous la contrainte.

L’âge classique et les temps modernes ont totalement inversé ces jugements négatifs. Le travail est devenu l’expression de ce qui forge l’humanité, le travail est même devenu un signe de fierté. Il est devenu reconnu que c’est en transformant le monde par son activité que l’humain se révèle et accompli son destin. Le travail n’était plus une nécessité, mais aussi un honneur, une vertu, un marqueur fondamental de dignité. Effectivement, il y a encore 30 ans, quand on posait la question à des jeunes écoliers quel était leurs buts dans la vie. Ils répondaient tous fièrement : « Trouver un travail, me marier et fonder une famille ! ». Pour les Anciens, le travail était symbole de l’oppression, pour les Modernes, il s’est transformé en vecteur d’émancipation sociale.

Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Sous mille aspects, un sentiment d’absurdité s’est installé : en gros nous ne savons plus clairement ce que nous faisons quand nous travaillons. Nous cherchons en vain dans quel but, nous nous agitons tant. Pourquoi le sens s’est perdu?

De moins en moins de travail nécessaire

Plusieurs études internationales ont prédits que  la moitié des emplois d’aujourd’hui seraient remplacés par des robots et l’intelligence artificielles d’ici 2030. Un site web WillRobotTakeMyJob (le nom est explicite!), a été mis au point pour savoir quelles sont les chances de voir son emploi remplacé par une robot. Il répond aux inquiétudes  des plus anxieux de manière complète et détaillée, en plus de donner les « chances de survie » il donne le nombre de personnes employées dans la profession ainsi que la prévision de croissance de ce domaine jusqu’en 2024. De quoi voir venir et prendre ses dispositions !

Au delà de l’effet alarmiste, dans les faits, l’automatisation croissante des tâches, la numérisation, la robotisation, a inéluctablement diminué la quantité de travail requis. Ce travail supprimé, n’est pas compensé par d’autres tâches, la conception et la maintenance, sauf à la marge. Dans les sociétés développées, et à terme dans l’économie mondiale, il y a donc de moins en moins de travail nécessaire.

Nous entrons donc dans une nouvelle ère, nous quittons le monde de la nécessité, l’univers du travail obligé. Cela pourrait, cela devrait être une bonne nouvelle. Mais dans nos têtes, rien ne va dans ce sens, nous croyons encore que le travail fait la dignité humaine, nous nous lamentons de le voir se réduire, alors que nous devrions fêter sa disparition progressive.

La mutation est en marche

Alors évidemment, la notion de subsistance est toujours présente, il faut impérativement travailler pour gagner sa vie. Mais cette argument est de plus en plus remis en cause ? Notamment par les partisans d’un revenu de base ou un revenu contributif, garanti pour tous, de la naissance à la mort. Cette possibilité est désormais envisagé comme une solution praticable par des experts de tous bord. Nous pourrons voir dans un prochain article, des conditions d’applications soutenables.

Néanmoins, à terme, c’est donc bien la notion même de travail qui est à réinventer. Il s’agit d’un défi majeur de l’époque. Il implique une réorientation complète de nos conceptions, un changement de paradigmes, un renversement des modes de pensée. Cette mutation est en marche.

Harris RATSIMBA

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